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 L'Illusoire Amour — scène 1

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Maxime

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Messages : 18
Date d'inscription : 21/01/2013

MessageSujet: L'Illusoire Amour — scène 1   Ven 15 Fév - 20:30

ACTE I

SCENE 1

Trois amis, des passantes, puis Laure, puis Le Stoïcien, puis Maxime.

LE PREMIER — Mattez-moi ça les mecs…

LE SECOND — Quoi ?

LE PREMIER — Là ! Devant ! Elles s’avancent !

LE TROISIEME, portant les mains à sa poitrine et la frictionnant un peu — Les belles paires !

LE SECOND — Eh, qu'y a-t-il ? Mes chaussures ?

LE PREMIER — Mais putain, tu peux pas te décoincer un peu ?

LE TROISIEME — Petit puceau, apprends la beauté des choses. Là, devant toi, regarde. Voilà des femmes. Des vraies.

LE SECOND — Mais…

LE PREMIER, empruntant une voix de séducteur — Regarde-lez donc se mouvoir avec grâce, remuant leurs fesses avec une discrétion non moins alléchante…

LE SECOND, le coupant — Ce sont des putes !

LE TROISIEME — Justement !

LE SECOND — Et quel en est l'intérêt ?

LE TROISIEME — Baiser ! Pourquoi regarder quand on peut palper ? Tout est dans l'acte. Vivre ? A quoi bon si tu ne goûte à ces plaisirs ! Rester puceau, aucun intérêt. Saute sur tout ce qui bouge, l'ami. (Silence) Eh quoi ? Tu attends quoi ? (prend un ton traînant, moqueur) Que ta mère avec ses grooos seins tombants vienne te dépuceler ? Et quelle attention maternelle !

Tous rient sauf le second.

LE SECOND — Ahah, quelle blague ! Dois-je te rappeler la soirée de samedi où tu as couché avec ton meilleur pote ? Putain de mentalité…

LE PREMIER — Sans dec' ? Vas-y ! Je savais bien que ton taulard de père t'avait corrompu !

LE TROISIEME — Vos gueules ! J'étais pas dans mon état normal !

LE SECOND — Oui, tu étais bourré…

LE PREMIER — La vie, c'est baiser… Après, qu'importe le sexe, non ?

LE TROISIEME, soulagé — Un trou est un trou.

LE PREMIER — Nous sommes d'accord.

Silence.

LE SECOND — C'est vrai qu'elles sont belles…

Ses deux amis se tournent vers lui.

LE PREMIER — Tu veux y aller ? Vraiment ?

LE SECOND — Oui.

LE TROISIEME — On te charriait, tu sais… tu n'es pas obligé.

LE SECOND, d'un ton assuré, déterminé — Je suis sérieux là ! D'ailleurs, regardez cette fille qui arrive (il la montre ; elle vient d'entrer sur scène), elle ne semble pas comme les autres… Elle me plaît.

LE TROISIEME — Mais… c'est Laure !

LE SECOND — Qui ?

LE TROISIEME — Laure !

LE SECOND — C'est ça son nom ? J'l'aime bien moi…

LE PREMIER, d'un ton surpris et hésitant — C'est elle que tu vise ? Eh bien… bonne chance…

LE SECOND — Pourquoi ?

LE PREMIER — Plusieurs s'y sont essayés… pas très concluant d'ailleurs.

LE TROISIEME — Il paraît même que c'est une de ces coincées qui ont gardé leurs rêves de prince charmant…

LE SECOND — Vous vous moquez de moi ?!?

LE PREMIER — Du tout, du tout…

LE TROISIEME — Et puis, sans être méchant, elle est trop belle pour toi. Vise un stade intermédiaire plutôt, tu auras plus de chances.

LE PREMIER — Il me semble qu'elle est en couple aussi.

Ils se retournent vers ce dernier.

LE TROISIEME, scandalisé — Comment ? Elle est avec quelqu'un ? Ahah ! C'est la meilleure ! Et mon père a enculé ta mère ! Ahah !

LE PREMIER, avec sérieux — Non, non, je suis sérieux.

LE SECOND — Avec qui ?

LE PREMIER — Vous voyez le pommé qui était avec nous en seconde ? Le pigeon sur lequel on recopiait nos exos de maths ?

LE SECOND — Je vois pas…

LE PREMIER — Mais si ! Le rêveur qui sait écrire !

LE TROISIEME — Attends, ne me dis pas que…

LE SECOND — Non ?!

LE PREMIER — Si, avec Maxime.

LE SECOND — Mais il est laid ! (il se lève, ne pouvant tenir plus longtemps) Ca s'peut pas qu'il soit avec elle ! Elle vaut bien mieux que… que… que ça !

LE TROISIEME — C'est clair !

LE PREMIER — Qu'est-ce que vous croyez, je n'en sais pas plus que vous… On raconte qu'ils sont allés au cinéma et qu'ils sortent souvent ensembles du bahut… A le voir, si vous l'avez vu, on aurait dit un mec raide, droit comme un balais et prêt à casser…

LE SECOND — Je n'y tiens plus ! Si lui a pu y arriver, je pourrais la tirer en bonne et du forme !

Il s'élance dans la foule, Le Stoïcien apparaît. Il s'écoule un petit moment de flottement pendant lequel les deux amis regardent leur camarade aborder Laure.

LE TROISIEME — Mais quel boulet…

LE PREMIER — Quoi ?

LE TROISIEME — Regarde-le ! Non mais quel con…

LE PREMIER — Je confirme ; son manque de tact et de drague la mette mal à l'aise, et il se fait jeter comme une merde…

LE TROISIEME, poussant un cri — Oh !

LE PREMIER, hallucinant — T'as vu ça ? Il s'est prit une baffe ! Ahah ! Mais quel con !

LE TROISIEME — Ca commence à barder, il faut intervenir.

Ils se lèvent alors que Laure arrive dans leur direction, essayant d'échapper au second. Les deux amis les attendent donc là. Le Stoïcien, lui, s'assoit non loin de leur scène de dispute.

LAURE, d'une voix plaintive — Mais laissez-moi !

LE SECOND — Mam'zelle, je veux juste vous inviter à prendre un verre !

LAURE — Je vous ai déjà répondu non !

Il se met en travers de sa route, lui attrape les épaules mais elle lui colle une gifle. Les deux jeunes hommes viennent à la rescousse de leur ami.

LE PREMIER — Mam'zelle il faut vous calmer là !

LE TROISIEME — Eh oh ! Un peu de respect ! Mal polie !

LE STOÏCIEN, [iintervenant pour la première fois, toujours assis en retrait de la scène[/i] — C'est vous qui parlez de respect ? Intéressant…

Ils se tournent en sa direction.

LE TROISIEME — Mêle-toi de tes affaires, vieillard.

LAURE — Monsieur, aidez-moi ! Par pitié…

LE SECOND — Mais tais-toi donc !

LE PREMIER — Eh toi, le manant, dégage de là ! Ne vois-tu pas que nous sommes occupés ?

Le Stoïcien ne bouge pas.

LE PREMIER — Je crois que tu ne m'as pas bien compris.

LE TROISIEME — Jetons-lui des pierres !

LE SECOND — Occupez-vous de lui, moi j'l'emmène.

LAURE — Au secours ! Aidez-moi ! Monsieur, faites quelque chose ! Appelez à l'aide !

LE STOÏCIEN — La mort est la fin de toute chose, demoiselle. Pourquoi luter contre elle ? Pourquoi la retarder ? En mourant maintenant vous pourrez éviter de vivre des événements plus… embarrassant qu'un simple viol… Comment dire… plus cruel que le sort qu'ils vous prépare. (Laure, ainsi que les jeunes amis, restent coi) Vous ne me comprenez pas ? Je ne dois pas parler votre langue… quelle bassesse d'avoir à se résoudre de parler la langue du peuple pour se faire entendre…

LE PREMIER — Dis tout de suite qu'on est des imbéciles ! (lui lançant une pierre) Tiens, prends-ça ! Maintenant tais-toi !

LE TROISIEME, imitant le premier — Prends-ça !

Les deux jeunes lui lancent encore des pierres puis s'arrêtent ; Le Stoïcien n'a pas bougé de sa place, ne s'est pas protégé : il s'est contenté d'encaisser les coups sans rechigner.

LE SECOND — Qui est-cet homme ? Il ne crie pas sa douleur, il ne chiale pas comme un gosse !

LE TROISIEME — Qui es-tu, mendiant ?

Le Stoïcien ne répond pas.

LE PREMIER, s'approchant de l'homme et lui donnant une claque — Réponds quand on te parle !

Un demi-cercle se forme autour du Stoïcien. Laure, toujours maintenue par le Second, les deux amis qui menacent le vieillard de leur poings et de leurs pierres, et la foule de prostituées qui accourent, excitées par le remue-ménage provoqué par l'altercation.

LE PREMIER — Répond ! Parle ! Obéi !

LE TROISIEME — Connard ! On te parle !

LE STOÏCIEN — Euripide a dit, « parle si tu as des mots plus forts que le silence, ou garde le silence ». (Silence incrédule, chuchotements incompréhensibles de la part de cette foule) Mais je me doute bien que vous n'en ayez jamais entendu parler… Voyez comment notre pays a régressé… Où est passé la vertu ? Où sont passés ces hommes qui savaient penser et user de la langue française ? Où…

LE SECOND, l'interrompant dans ses reproches — Tu te paye de notre tête !

Huée des passantes.

LE PREMIER, empruntant un ton hargneux, méprisant — Je vais te donner une bonne leçon, vieux fou. Quand je vais te fracasser avec mes deux poings, tu vas regretter tes paroles ; tu vas pleurer, et quand tout sera fini, tu iras courir pleurer dans les jupons du cadavre puant de ta grand-mère ! Ta mère pardon, cette vieille morte. Et tu vas voir qu'elle criera en te voyant, car tu ne seras plus son fils, défiguré comme tu vas l'être, crétin !

A ces mots, les passantes se mettent à pouffer de rire.

LE STOÏCIEN, d'un ton neutre et dégagé — Connaissez-vous Julien Green ? (dans sa barbe) Bien sûr que non…

LE PREMIER — J'en ai rien à foutre !

Entre Maxime discrètement et, alerté par les bruits de la dispute, s'avance doucement.

LE STOÏCIEN — Il a dit : « le silence vaut mieux que n'importe qu'elle avalanche de parole. » Pour faire court, au lieu de me décrire dans l'ensemble ce que tu vas me faire qui, comme tu peux le voir, n'influe en rien mon expression faciale, tu devrais passer à l'acte. D'ailleurs, mon tempérament semble provoquer ton courroux…

LE TROISIEME, sortant un couteau — Je vais te montrer à qui tu t'adresse le vioc !

Alors qu'il s'élance vers Le Stoïcien, Maxime sort de la foule, s'interpose, le désarme et le blesse au bras. Incrédules, les trois amis reculent puis s'enfuient en courant, laissant Laure hébétée, Le Stoïcien tout aussi indifférent. Face à cela la foule quitte hâtivement les lieux. Laure quitte la scène, emportée par le courant de la foule empressée. Restent Maxime et Le Stoïcien.

LE SECOND, au loin — Tu nous le payeras !

LE STOÏCIEN, au bout d'un moment, voyant que Maxime ne bouge pas — Pourquoi m'avoir défendu, jeune homme ? Tu aurais put y laisser ta vie…

MAXIME, se tournant vers son interlocuteur — Je ne sais pas… [size=12][i](il marque une pause pour réfléchir, puis reprends) Je crois que la vie vaut la peine d'être vécue.

LE STOÏCIEN — Vivre pour mieux souffrir ? Intéressant…

MAXIME — Pardon ?

LE STOÏCIEN — Tu m'as très bien entendu.

MAXIME — La vie est pleine de bonne chose vous savez. Regardez, il n'y a pas si longtemps j'étais presque comme vous. Mais je l'ai rencontré, et avec elle le bonheur. Depuis, je comprends le sens de la vie : vivre pour celle que l'on aime, et ça, c'est la plus belle chose qu'une existence puisse offrir à un homme. Mais vous, qu'en dites-vous ?

LE STOÏCIEN — Je dis que la vie n'est que souffrance.

MAXIME — Vous êtes pessimiste.

LE STOÏCIEN — Et toi tu ne vois que du rose.

Silence.

MAXIME — Pourquoi êtes-vous resté stoïque ? N'auriez-vous pas pu vous défendre ? Pourquoi ne pas résister ? Cette jeune femme, Laure, pourquoi ne pas l'avoir aidé ? Si je n'avais été là, vous seul aurait pu l'aider ! Pourquoi ? Pour…

LE STOÏCIEN — Que de pourquoi ! Cela m'importune. (Il se lève à l'aide de sa canne) Vous voulez une réponse ? Et si je vous la donne, me laisserez-vous tranquille ensuite ? Je l'espère bien. Soit ! Je suis venu, j'ai vu, j'ai vécu.

MAXIME — Vous êtes vraiment insensible… je vous plains.

LE STOÏCIEN, secouant ses haillons et se dirigeant vers l'autre bout de la scène — Et toi, jeune sot, quand ouvriras-tu les yeux sur ta vie ? Quand tu cesseras d'être aussi aveugle que tu ne l'es, alors tu verras que ton bonheur n'est rien d'autre que la perfide Souffrance déguisée.

MAXIME, le suivant — Qui vous fait dire cela ?

LE STOÏCIEN — Je suis venu, j'ai vu, j'ai vécu.

MAXIME — Et encore ?

LE STOÏCIEN — Je connais ses sœurs, comme l'Amour a une large garde-robe.

Le Stoïcien sort, Maxime reste là, silencieux. Coupure des lumières.
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Joël Gissy

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MessageSujet: Re: L'Illusoire Amour — scène 1   Lun 18 Fév - 11:20

Là, tu reprends même un vieux proverbe alsacien. (Histoire de trou...)
Impatient de lire la suite !
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Maxime

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MessageSujet: Re: L'Illusoire Amour — scène 1   Lun 18 Fév - 17:26

Ah oui ? Pas fait attention à se proverbe. Je me renseignerais, comme ça ce sera plus marrant de le placer dans le texte tel quel, en écho.

Sinon t'en pense quoi niveau profondeur des personnages et tout et tout ? Des défauts à signaler ?

J'essayerais dans la semaine de mettre la scène 2 puis essayerais de me motiver à reprendre la scène 3 qui n'avance pas dans sa réécriture depuis… avant Noël lol (La Mort d'Orphée est passée devant, et je l'ai presque fini… en même temps c'est sa préface ou prélude).
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