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 L'Illusoire Amour — scène 2

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Maxime

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Messages : 18
Date d'inscription : 21/01/2013

MessageSujet: L'Illusoire Amour — scène 2   Mer 27 Fév - 16:24

SCENE 2

Laure, accompagnée d'une amie de petite taille

Une rue. Elles entrent par la droite en silence. Elles s'arrêtent.

LAURE — Tiens, un banc. Essayons-nous, veux-tu ?

LA PETITE — Volontiers.

Elles s'assoient, en silence, toujours.

LA PETITE, brisant le silence avec une moue trahissant sa gêne — Laure… tu voulais me parler ?

Laure reste muette.

LA PETITE — Ca ne va pas ?

LAURE, avec empressement, comme tirée d'un songe — Si, si… Si…

LA PETITE — Je suis là, tu sais… donc si tu as besoin de me parler, n'hésite pas.

LAURE — Je sais, c'est pourquoi je t'ai appelée. Mais…

LA PETITE — Prends ton temps, je ne suis pas pressée, tu sais ; nous avons toute l'après-midi devant nous.

Laure prend plusieurs longues inspirations, fait des gestes de nervosité, essaye de prendre la parole mais se ravise à chaque fois. La petite assiste à ce spectacle, elle-même un peu gênée.

LA PETITE, d'un ton amical, incertain mais qui se veut rassurant — Allez, lances-toi ! Je suis à ton écoute, tu peux me dire tout ce que tu veux, au rythme que tu souhaites, mais vas-y franchement, cela te fera grand bien, de te confier. (Laure fait la moue) Ecoutes, quand j'étais dans de mauvaises passes, toujours je t'ai trouvée, et à chaque fois tu étais là pour moi, à mon écoute, et tu essayais de me remonter le moral avec l'attention qui t'es due. Tu es ma Providence ! Et là, je te vois, aujourd'hui, et je vois une jeune femme qui ne se comprend pas, qui garde trop de choses sur elle. Et moi, je l'assiste, impuissante. Je veux t'aider à mon tour, laure, mais tu dois y participer…

LAURE — Mary, mon amie… je…

MARY — Allez ! Je ne vais pas te manger !

Silence. Laure redresse la tête où se dessine un large sourire. Mary le lui rend.

LAURE — Je crois que… (elle marque une pause, mouvement de bouche) je… je crois que je suis amoureuse.

Mary, surprise, se recule un peu, puis rit.

MARY — Laure… tu dis n'importe quoi : on aime ou on n'aime pas ; on ne croit pas…

LAURE — Mais…

MARY, la coupant avec sérieux — On ne badine pas avec l'amour.

LAURE, indignée — Mais comprends-moi ! C'est… c'est nouveau pour moi ! Je… c'est différent ! Avec lui… C'est pas comme nos délires qu'on a avec les filles ! Je… je vis un conte de fée…

Silence durant lequel Mary, entièrement de biais afin de faire, plus ou moins, face à Laure, la fixe du regard.

MARY, brisant de nouveau le silence — C'est à dire ?

LAURE — Je… je ne sais pas…

MARY — Oh que si, tu le sais ! Les contes de fées, c'est bon pour les enfants ; les princes charmants, c'est fini. A ton âge, tu devrais le savoir. Alors dis-moi, dis-moi en quoi il serait différent, dis-moi. Dis-moi si c'est un homme, car ce sont tous les mêmes, tous, sans exception.

LAURE — Tu ne comprends pas ; il est… pas comme les autres… Tu sais, on parle jusque tard dans la nuit, parfois jusqu'à deux heures du matin ! Pendant ce temps on parle de littérature, on regarde les mêmes films, en même temps, à deux… bien que ce soit chacun derrière son écran… (avec empressement) Mais on se retrouve pendant certaines récrées ! On s'échange des films sur nos clés usb, on se prête des livres… D'ailleurs, on lit ensemble Le Hussard sur le toit. Et puis… (d'un ton rêveur) il me fait rire…

MARY, sur un ton de reproche — Il y a beaucoup plus concret que ça… Regardes, Hervés, ou le prof de philo, nous font rire en cours, aussi bien toi que moi ou que ta cousine ! Et est-ce qu'on veut sortir avec eux ? Non.

LAURE — Je ne te parle pas de sortir avec lui…

MARY — Mais d'où est-ce que tu sors ? Il n'y a pas amour sans sortie ! Faut aller aux fêtes, faire les magasins…

LAURE — L'amour est un sentiment, non une attitude qui consiste à sortir… ça, c'est l'entretient du quotidien, amoureux ou social, social surtout, mais ce n'est pas que l'amour… (Silence) Et puis… on va au cinéma…

MARY — Quand ?

LAURE — Demain.

Silence.

MARY — Excuses-moi, je me suis laissée emportée. Tu sais, tu étais là en plus, ça n'a pas été toujours facile pour moi, donc j'essaye de te préserver de tout ce gâchis. Mais pour cela il faut que tu te détache de ton idéalisme que tu te fais de l'amour, car, de nos jours, il n'est pas aussi sain que tu ne l'imagine.

LAURE — Je ne le peux pas, et nous en avons déjà parlé.

MARY — Je le sais… Le principal est que tu sois heureuse. Je le lis, dans ton regard, ce bonheur qui t'anime ; tu as beau essayer de le cacher sous une voix triste, hésitante ou choquée, mais tu ne peux changer tes yeux. Et te voir heureuse, te voir dans cet état… c'est magnifique.

LAURE, s'approchant pour l'enlacer — Oh ! Merci Mary, je t'adore !

MARY — Tu es mon amie, ne l'oublie pas ; tu ne peux rien me cacher.

LAURE — Moi non plus…

Elles se séparent, silence.

MARY — J'aurais aimé vivre ce que tu vis-là, avoir ton innocence… mais j'ai perdu mes vaines illusions… Tu as de la chance…

LAURE — De l'avoir rencontré ?

MARY — Entre autre.

LAURE — Un coup du hasard, de la chance… Je n'y aurais jamais cru si je l'avais su plus tôt…

MARY, la coupant d'un ton sec — Tu n'aurais pu le savoir.

LAURE — Excuses-moi, je suis désolée pour toi…

MARY — Mais non, ne t'excuses pas, ce n'est pas de ta faute, ne t'en fais pas. Avec ce que tu me dis-là, l'espoir de vivre un jour une chose semblable me revient.

LAURE — Tu es une fille géniale tu sais ? Allez, ne doutes plus, tu le trouvera, l'homme qu'il te faut.

MARY — Je sais, c'est pour ça que tu te confies à moi.

Silence.

LAURE, ironiquement — Tu es très modeste.

MARY — Je sais.

Elles rient.

LAURE, reprenant son sérieux — Je dois y aller. Merci de m'avoir écoutée !

Elles se lèvent.

MARY — De rien, c'est normal. (elles se font la bise) A bientôt, et tiens-moi au courant !

LAURE — Promis !

Laure sort.

MARY, debout, seule — Je l'envie… Tu es ma meilleure amie, et je t'envie… Tu es partie, tu ne m'entends pas, mais je t'envie… C'est ton premier vrai amour, depuis que je te connais, qui se concrétise et… par ce qui émane de ta personne, je ressens qu'il est magique ; c'est un bien précieux qu'il te faudra garder coûte que coûte. Depuis que je te connais, tu vis dans une bulle qui t'es propre ; tu crois encore et toujours, alors que tu vas sur tes dix-huit ans, au prince charmant… J'ai essayé de te faire comprendre qu'en ce monde, c'était fini ! Que tout cela, c'était du flan inventé pour préserver le plus longtemps possible la naïveté de ces enfants… et pourtant, on voit bien que très tôt ceux-ci n'ont plus ces illusions enfantines… et pour cause, ils deviennent tous les ingrats espoirs d'une société en décadence… Mais tu as tenu bon. J'ai essayée de te faire voir la réalité de notre monde, et ce pour ton bien, pour t'éviter des souffrances inutiles et dévastatrices… mais, finalement, tu as bien fait de rester sourde à mes remontrances. Tu as rencontré un type bien, et tes rêves vont se réaliser. Je suis contente pour toi car, jusqu'ici, tu n'avais jamais connu l'amour. J'espère seulement que tu réalise la chance que tu as ; des jeunes hommes comme lui, ça n'existe plus… du moins, ils sont une espèce en perdition face à notre jeunesse de débauchés pseudo-épicuriens… Je n'ai connu que des déceptions, et tu le sais.

Coupure des lumières. Dans le noir, on entend résonner ces dernières paroles :

Je suis heureuse que tu l'ai rencontré.
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